Une voiture de métro pour sensibiliser la communauté aux problèmes de santé mentale !

Station Polytechnique-Alstom Ombrage Une vedette des années 60 a fait une entrée spectaculaire à Polytechnique pour y démarrer une deuxième carrière. Son nom? MR-63. Sa longue silhouette bleue est familière aux Montréalais puisqu’il s’agit d’une voiture de métro de la première génération, mise en circulation à Montréal à partir de 1966. Sa nouvelle vocation ? Promouvoir le bien-être et sensibiliser la communauté aux problèmes de santé mentale.

Cette reconversion résulte de l’initiative d’un groupe d’étudiants ayant reçu l’appui de Polytechnique et le soutien financier de l’entreprise Alstom.

« Vous avez proposé qu’une voiture de métro soit dédiée au bien-être et vous avez trouvé les appuis pour concrétiser une idée que plusieurs trouvaient audacieuse. Ce projet est formidable, par le défi d’ingénierie qu’il constitue, mais également par sa vocation », a souligné Philippe A. Tanguy, directeur général de Polytechnique, alors qu’il s’adressait aux étudiants.

Inaugurée ce midi en présence de Philippe Schnobb, président du conseil d’administration de la Société de transport de Montréal (STM) et de Souheil Abihanna, vice-président et directeur grands comptes d’Alstom Canada, l’étonnante Station Polytechnique-Alstom sera ouverte au public ce dimanche 10 novembre dans le cadre des portes ouvertes de Polytechnique Montréal.

Un projet original
La Station Polytechnique-Alstom, qui invite ses passagers à un voyage immobile en suspension dans l’atrium des pavillons Lassonde, illustre brillamment le goût des étudiants de Polytechnique pour les initiatives audacieuses. « Ce projet, c’est du jamais vu ! », souligne Érika Lajeunesse, coordonnatrice générale du projet. Cette finissante au baccalauréat en génie industriel s’est jointe au comité Station Polytechnique peu de temps après son entrée à Polytechnique et s’est donnée depuis sans compter à la réalisation de ce projet d’une grande complexité.

« Tout a commencé en 2016 quand la STM, en accord avec ses valeurs de durabilité, a lancé un appel de projets qui permettraient de réutiliser des voitures MR-63 arrivées à la fin de leur vie utile et remplacées par le modèle Azur », raconte Érika. L’annonce a attiré l’attention d’un groupe d’étudiants qui ont eu l’idée de faire de la voiture un lieu de détente et de bien-être pour la communauté de Polytechnique. Leur projet a été un des sept retenus par la STM sur une trentaine de propositions.

Défi logistique et technique complexe
On s’en doute bien, déménager une voiture mesurant 17 m et pesant 13 tonnes depuis son entrepôt jusqu’à Polytechnique, puis la faire installer dans le vide technique d’une cage d’escalier dans l’Atrium Lorne-M.-Trottier ne se fait pas d’un claquement de doigts. L’équipe de Station Polytechnique a connu plus d’un moment intense au cours des trois années qu’a duré le projet logistique.

Les préparatifs de réaménagement ont été amorcés dès la prise de possession de la voiture en mai 2018. Celle-ci a été transportée sur un fardier à travers la ville de Montréal des entrepôts de la STM jusqu’à un atelier où elle a été complètement réaménagée en fonction de sa nouvelle vocation.

« Un des "gros morceaux" du projet était de nous assurer que la structure d’acier supporterait le poids de la voiture. Nous avons travaillé de concert avec des architectes, avec des ingénieurs spécialisés en structures et avec le Service des immeubles à cet effet. L’appui de Polytechnique tout au long du projet a également été essentiel à cette réalisation », relate Érika, qui a passé beaucoup d’heures à analyser des plans et des devis, à apprendre le langage de différents corps de métiers, et à traiter avec les fournisseurs de services. Un apprentissage pratique précieux pour une future ingénieure industrielle.

L’arrivée de la voiture à Polytechnique en juillet 2019 a été en soi un événement. Un mur vitré donnant sur l’atrium a été démonté pour permettre l’installation de l’engin.

Un projet inclusif voué au bien-être et à la santé mentale
L’intérieur de la voiture a été réaménagé en espace détente. La Station Polytechnique-Alstom accueillera au fil des mois diverses activités de promotion du bien-être et de sensibilisation à la santé mentale. Il y aura, par exemple, des semaines thématiques, telles que le défi « PAUSE : du temps sans écran », pour inciter au décrochage numérique.

Disposer d’un espace où l’on peut échanger sur d’autres sujets que les études, ainsi que d’outils pour mieux gérer le stress, correspond à des préoccupations exprimées par la communauté étudiante de Polytechnique.

« Ce qui touche à la santé mentale est souvent encore assez tabou, observe Érika. La Station Polytechnique-Alstom permettra de démystifier le sujet et d’encourager les membres de la communauté à prendre soin de leur santé mentale. »

Les enquêtes menées ces dernières années par plusieurs associations étudiantes québécoises dont la Confédération pour le rayonnement étudiant en ingénierie au Québec (CREIQ), la Fédération des associations étudiantes du campus de l'Université de Montréal (FAÉCUM) et l’Association des étudiantes et des étudiants de Laval inscrits aux études supérieures (AELIÉS) ont permis de mettre en lumière plusieurs facteurs ayant un impact sur la santé mentale des étudiants tels que l’isolement, la pression de performance, la charge de travail, la banalisation de la souffrance et la méconnaissance des services offerts.

L’enquête panquébécoise sur la santé psychologique des étudiantes et des étudiants universitaires lancée par l’Union étudiante du Québec devrait apporter en février 2020 un portrait complet de la santé psychologique universitaire au Québec. Près de 150 000 étudiantes et étudiants de 14 institutions universitaires, dont Polytechnique Montréal, ont été sondés dans cette étude à l’aide de 110 indicateurs.

Au nombre des initiatives lancées ces dernières années par Polytechnique pour favoriser le bien-être et la santé psychologique, mentionnons la création d’un groupe de « vigies » formé à détecter efficacement les signes de détresse psychologique, l’ouverture du Bureau d’intervention et de prévention des conflits et de la violence, la création d’un comité d’amélioration continue en santé mentale, ainsi que la tenue de plusieurs Journées du bien-être. C’est dans cette perspective que s’ouvre la nouvelle Station Polytechnique-Alstom, qui se veut un symbole fort.

Les designers sont de la partie
Le comité Station Polytechnique a confié aux étudiants de la Faculté d’aménagement de l’Université de Montréal le réaménagement intérieur de la voiture en fonction de sa nouvelle vocation. Toujours dans l’esprit de développement durable, le défi était de réutiliser et de transformer les pièces et le mobilier d’origine.

« Nous avons proposé le projet dans le cadre d’une "charrette" multidisciplinaire, c’est le nom qu’on donne à des concours à la Faculté d’aménagement », indique Érika. « Les étudiants dont le projet avait reçu le prix Coup de cœur, Kevin Lavernay et Laurent Trudel, sont des passionnés qui ont obtenu leur diplôme en 2018, mais qui ont continué à travailler au projet par la suite. »

La multidisciplinarité du projet s’étend jusqu’aux beaux-arts, puisque le comité Station Polytechnique a fait appel à l’artiste Marc-Olivier Lamothe pour exposer ses œuvres dans la voiture. Une belle manière de stimuler la créativité de la communauté !

Soutien d’Alstom Canada
Avec l’appui de la Fondation et Alumni de Polytechnique, ce projet de seconde vie de la voiture de métro a reçu le soutien financier du groupe Alstom l’an dernier, dont la contribution s’élève à 300 000 $.

Comme l’avait mentionné Souheil Abihanna, vice-président et directeur du Service clientèle d’Alstom Canada, lors de l’événement de reconnaissance du don l’an dernier, un des premiers projets d’Alstom au Canada a été la remise à neuf des voitures MR-63. La Station Polytechnique-Alstom forme donc un trait d’union entre le passé et l’avenir, entre les ingénieurs concepteurs du métro et la relève en génie.

Identité montréalaise
Outre l’impact social et l’aspect spectaculaire du projet, la valorisation d’une pièce du patrimoine de l’ingénierie rend très fiers les membres du comité Station Polytechnique. « Beaucoup de diplômés ont travaillé au projet du métro au début des années 60 et d’une certaine façon, nous leur rendons hommage », estime Érika Lajeunesse. « De plus, les voitures bleues du métro font partie de l’identité montréalaise. Un peu comme Polytechnique, en fait ! »

À propos de Polytechnique Montréal
Fondée en 1873, Polytechnique Montréal, université d’ingénierie, est l’une des plus importantes universités d’enseignement et de recherche en génie au Canada. Elle occupe le premier rang au Québec pour l’ampleur et l’intensité de ses activités de recherche en génie. Polytechnique Montréal est située sur le campus de l’Université de Montréal, le plus grand complexe universitaire francophone en Amérique. Avec plus de 50 000 diplômés, Polytechnique a formé 22 % des ingénieurs en exercice membres de l’Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ). Elle propose plus de 120 programmes de formation. Polytechnique compte 280 professeurs et 9 000 étudiants. Son budget annuel global s’élève à 260 millions de dollars, incluant un budget de recherche de près de 100 millions de dollars.